Jacques Chirac vient d'établir une véritable feuille de route du gouvernement, Jean-Pierre Raffarin réaffirme son autorité, Nicolas Sarkozy s'active... Est-ce le signe des doutes de la majorité ?

La fin de l'année a été difficile pour la majorité, qui a connu un véritable trou noir. Il fallait repartir très vite, définir le calendrier et le cadre de l'action. Le président de la République s'y est employé et le premier ministre a repris la balle au bond. C'est un mode d'intervention normal dans le cadre du quinquennat ; où il est naturel que le président fixe les orientations et que le chef du gouvernement organise le travail.

Mais les querelles internes semblent retrouver toute leur vigueur...

Justement, il ne faut pas que la droite renoue avec des querelles qui l'ont déchirée dans le passé. Il faut faire la part des choses entre les surenchères médiatiques et les propos réels. Je souhaite que l'union prédomine. Restons sereins ! On ne pourra jamais éviter les frictions entre les hommes, en politique comme dans les entreprises et même dans les familles. Puisque c'est la question, je me réjouis qu'un ministre talentueux soit remarqué pour sa réussite. Mais le patron du pays s'appelle Jacques Chirac et celui du gouvernement Jean-Pierre Raffarin.

Nicolas Sarkozy en fait-il trop en évoquant publiquement ses ambitions pour la prochaine élection présidentielle ?

Tout débat sur l'élection présidentielle est prématuré. La France ne peut pas se permettre d'être en campagne électorale permanente. Autour de moi, je n'entends aucun militant ni aucun électeur me parler de l'élection présidentielle. Il y a d'autres rendez-vous beaucoup plus urgents.

Mais la droite n'affiche-t-elle pas aussi ses divisions pour les élections régionales du mois de mars - où François Bayrou va défier Alain Juppé dans le département de la Gironde ?

J'éprouve un sentiment de tristesse. D'autant que, dans ma région, en Picardie, les élus et les militants de l'UDF ne sont pas du tout sur la même ligne d'affrontement au sein de la majorité que défend François Bayrou. Je ne comprends pas l'intérêt qu'il y a, lorsqu'on appartient à la majorité, à vouloir l'affaiblir. Cette stratégie de l'UDF me paraît incompréhensible.

Les élections de mars revêtent-elles à vos yeux un enjeu national qui pourrait être préjudiciable pour la majorité ?

Il s'agit de deux rendez-vous électoraux différents - des élections régionales et des élections cantonales -, et il faudra observer les deux résultats. En tout cas, aucun de ces scrutins n'est de nature à modifier les choix de la politique suivie par le gouvernement. Je ne pense pas qu'il y aura un échec de la droite. Si c'est néanmoins le cas, cela proviendra de la division imposée par l'UDF.

Si dans certaines régions, comme en Provence-Alpes-Côte d'Azur, le Front national arrive en tête au premier tour des régionales et l'UMP en troisième position, devra-t-elle se retirer pour empêcher l'extrême droite de l'emporter ?

Il faudra aviser. C'est un choix complexe. Il est difficile d'envisager qu'il n'y ait aucun élu de l'UMP dans une assemblée régionale pendant cinq ans. C'est un scénario qu'il faut tout faire pour éviter.

Alain Juppé a annoncé que, s'il est rendu inéligible par la justice au terme du procès du financement du RPR, il quittera la vie politique. Si un tel scénario se vérifiait, quelles en seraient les conséquences pour l'UMP ?

Nous n'en sommes heureusement pas là. Nous avons besoin d'Alain Juppé. En tout état de cause, sa décision sera la bonne.